Nordine-A
14/01/2007, 12h03
:D:Azul
Voici un nouvel article d'Onelas que vous pouvez lire sujet proposé par Aokas.com
Malédiction, De£ussu, conclut mon grand père devant notre éclatement de rire.
Mon grand père en fait venait de nous raconter l’histoire de la famille sourde. Personne n’entend quoi que ce soit dans cette famille. Enfin si dans une certaine mesure. C'est-à-dire que chacun se plait à affabuler la version des faits qu’il lui sied sans pour autant chercher à authentifier la vérité ce qu’il vient de ouïr.
Autrefois, raconte mon grand père, il y avait une famille paysanne, une famille kabyle quelconque, comme toutes celles des temps reculés, mais celle-là avait en plus la particularité d’être sourde. Un jour que le chef de famille, le cheikh, qu’il labourait dans un champ lointain par sa pair de boeufs, un étranger passa par là, et en guise de salut, lui dit en kabyle : « Que dieu te vienne en aide, cheikh, Rebb' A di£in ! ». Le cheikh, sourd de son état, croyant bien saisir le stratagème du passant, parce que justement il en imagina un, rétorqua : « Non, vénérable monsieur, ces bœufs ne sont pas à vendre ! » le soir rentrant à la maison, le cheikh toujours méditatif quant au sens des mots de l’étranger : « Tu ne peux imaginer ce qui m’est arrivé aujourd’hui ma vieille, alla le cheikh directement au sujet, pendant que je labourais, comme ça, tranquille et chantant, un monsieur qui jalousait ma pair de bœufs, je le voyais dans ses yeux cupides, humectés par les larmes de la convoitise, m’apostropha sans scrupules et me dit si mes bœufs étaient à vendre, je lui répondis tout de suite que non. Je lui clouai le bec une fois pour toutes ». La sourde vieille, elle, répondit, non sans être outrée : « Ecoute vieux, si la galette est trop salée il faut voir ça avec ta belle fille, mais de là à m’en adosser la faute, de grâce vieux reprend ta clairvoyance d’antan ! ». Sur ce, la vieille, un tant soi peu en colère, alla tout de suite concerner sa belle fille qui préparait le dîner : « Fille de l’étranger, l’admonesta-t-elle comme ayant vraiment commis l’impardonnable, le vieux dit que ta nourriture est trop salée, si en plus tu ne peux réguler jusqu’au sel, franchement… ». La belle fille, bien entendu, atterrit dans une conclusion on ne peut plus inopinée : « Celui qui veut qu’on sorte de la maison et qu’on se cherche une nouvelle demeure qu’il nous le dise… ». La nuit, la jeune épouse, dans son lit avec son mari lui en fit part de l’histoire : « Homme, les vieux demandent à ce qu’on sort de leur maison ! ». « celui qui dit que les brebis, interpréta le mari berger, ne mangent pas à satiété, eh bien, qu’il en soit lui-même le berger ».
- Malédiction, dit encore mon cousin.
- ‘Ay huh’, disent les anciens, il parait que c’est le dieu de la malédiction.
Mais en fait c’est quoi ? Vingt deux morts à Ain Defla, répondit le titre du journal.
Parce que nous ne pouvions comprendre, nos discussions se perdaient dans des chamailleries incessantes. On en est arrivé là comment ? C’est un problème d’identité dirait Nacer, on aurait pu régler ça depuis longtemps, et puis les tueurs c’est eux, les chamarrés, les suceurs de sang, et dire qu’ils ont des jardins de fleurs dans leurs villas. Non ! Ce n’est pas ça dirait Ali, c’est la misère, on n’a pas le droit de naître endetté pour l’argent qu’on n’a pas dépensé, donnez du pain pour tout le monde et tu ne liras plus le chiffre vingt deux ou même un. Mon père, lui dirait, que c’est la rancune de l’histoire, tu trahis l’histoire, elle te truande à son tour, la veuve du martyr pour laquelle on a dérobé la galette ou qu’on a même violée, le pain de l’orphelin subtilisé. C'était cela la cause de la malédiction. Vingt deux morts n’en est que la timide manifestation. La malédiction c’est quand ne chantent plus les champs de blé, n’errent plus les rivières grondantes, ne chuchotent plus les fontaines et que déclinent les vergers les vestes printanières. C’est cela la malédiction pour le cheikh Amalu. Mon collègue Ferhat, lui, quoique professeur de musique, croît que c’est la faute à l’école. Pour lui, l’école algérienne est une caserne érigée pour alimenter d’automates les causes absurdes. Mon ami Samir, lui a une autre explication. C’était la faute aux intellectuels, les rimailleurs, les écrivaillons, les ripailleurs du sérail, les poltrons, les chasseurs de carottes. Pour Samir, le professeur d’histoire, les hommes sont un élément objectif ressasse t-il, ils sont comme les taureaux, ils se déchaînent à l’aiguille, à la moindre douleur ils engagent le galop dans des chemins inexplorés, et quand il n’y a pas de bergers, de bons bergers pour les ramener à la quiétude de l’écurie, le déchaînement suit l’inconnu, là où le galop aura l’écho des apocalypses, n’est ce pas dit-il que la plupart des prophètes étaient bergers ? Où étaient, en octobre, nos bergers. Il manquait l’autre élément. Le peuple est un tas de taureaux, un tas de brebis, les intellectuels un tas de bergers. Mais les bergers siestaient aux sérails pendant que la malédiction parlait déjà la nuit.
La malédiction est la pire des ennemies, elle est présente partout. Dans le jardin pour que ne verdisse pas la flore, dans les collines pour que se taisent les belles senteurs, dans les cœurs pour que se figent les élans. Elle traînasse même dans les dunes pour déranger les quiétudes. Elle assène partout des coups sans le recours au bâton. La malédiction ne fait pas recours aux émissaires, aurait dit mon grand-père.
La malédiction foudroie disait les anciens et n’attend pas l’au-delà pour rendre justice. Elle est l’ubiquité avec son sabre impartial, invisible mais présente. Parfois même c’est nous qui s’y cramponnions quand la justice des hommes est vaine ou que son action est fluette, parce que, elle, elle excelle les châtiments langoureux. On dit aussi que sa colère est souvent atavique. Elle peut se dire jusqu’à des arrières fils avortons, manchots, nabots ou tout bonnement anormaux. Ma grand-mère me racontait souvent l’histoire de maître Mhand le chacal qui supervisa le hérisson réputé pour son intarissable malice. Un jour, dans la forêt, le chacal surprit un agneau, au bêlement geignard, ligoté à un arbre. Ne réalisant pas encore le butin et soupçonnant un quelque piége, il demanda le malicieux hérisson, craignant la déconvenue, en ces mots enjôleurs : « A ton avis, cher hérisson, toi le roi de la malice et le subtil des forêts, qu’est ce qui pourrait m’arriver si je m’approche du tendre agneau ? ». Le hérisson réalisant l’opportunité répondit : « Quoi qu’il advienne, n’advienne qu’à tes arrières enfants », Et là le chacal saliva ensuite monologua : « Bah…Les arrières enfants ! D’ici là, je serais déjà passé de vie à trépas ». Mhand de son air badin osa quelques pas avant de se précipiter dans le gouffre qui l’attendait et du fin fond il jappa son chagrin espérant la rescousse : « Mais cher bon et sensible hérisson, n’advienne qu’aux arrières enfants, tu as dis ! ». Le hérisson déjà bifurquant au lointain de son sourire narquois rétorqua : « Ce ne peut être que ton grand-père qui commit quelque ruse ou dupa quelque candide ».
Thannemirth:http://img174.imageshack.us/img174/9516/pers5826qi0zl3ez8.gif (http://imageshack.us)
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Malédiction, De£ussu, conclut mon grand père devant notre éclatement de rire.
Mon grand père en fait venait de nous raconter l’histoire de la famille sourde. Personne n’entend quoi que ce soit dans cette famille. Enfin si dans une certaine mesure. C'est-à-dire que chacun se plait à affabuler la version des faits qu’il lui sied sans pour autant chercher à authentifier la vérité ce qu’il vient de ouïr.
Autrefois, raconte mon grand père, il y avait une famille paysanne, une famille kabyle quelconque, comme toutes celles des temps reculés, mais celle-là avait en plus la particularité d’être sourde. Un jour que le chef de famille, le cheikh, qu’il labourait dans un champ lointain par sa pair de boeufs, un étranger passa par là, et en guise de salut, lui dit en kabyle : « Que dieu te vienne en aide, cheikh, Rebb' A di£in ! ». Le cheikh, sourd de son état, croyant bien saisir le stratagème du passant, parce que justement il en imagina un, rétorqua : « Non, vénérable monsieur, ces bœufs ne sont pas à vendre ! » le soir rentrant à la maison, le cheikh toujours méditatif quant au sens des mots de l’étranger : « Tu ne peux imaginer ce qui m’est arrivé aujourd’hui ma vieille, alla le cheikh directement au sujet, pendant que je labourais, comme ça, tranquille et chantant, un monsieur qui jalousait ma pair de bœufs, je le voyais dans ses yeux cupides, humectés par les larmes de la convoitise, m’apostropha sans scrupules et me dit si mes bœufs étaient à vendre, je lui répondis tout de suite que non. Je lui clouai le bec une fois pour toutes ». La sourde vieille, elle, répondit, non sans être outrée : « Ecoute vieux, si la galette est trop salée il faut voir ça avec ta belle fille, mais de là à m’en adosser la faute, de grâce vieux reprend ta clairvoyance d’antan ! ». Sur ce, la vieille, un tant soi peu en colère, alla tout de suite concerner sa belle fille qui préparait le dîner : « Fille de l’étranger, l’admonesta-t-elle comme ayant vraiment commis l’impardonnable, le vieux dit que ta nourriture est trop salée, si en plus tu ne peux réguler jusqu’au sel, franchement… ». La belle fille, bien entendu, atterrit dans une conclusion on ne peut plus inopinée : « Celui qui veut qu’on sorte de la maison et qu’on se cherche une nouvelle demeure qu’il nous le dise… ». La nuit, la jeune épouse, dans son lit avec son mari lui en fit part de l’histoire : « Homme, les vieux demandent à ce qu’on sort de leur maison ! ». « celui qui dit que les brebis, interpréta le mari berger, ne mangent pas à satiété, eh bien, qu’il en soit lui-même le berger ».
- Malédiction, dit encore mon cousin.
- ‘Ay huh’, disent les anciens, il parait que c’est le dieu de la malédiction.
Mais en fait c’est quoi ? Vingt deux morts à Ain Defla, répondit le titre du journal.
Parce que nous ne pouvions comprendre, nos discussions se perdaient dans des chamailleries incessantes. On en est arrivé là comment ? C’est un problème d’identité dirait Nacer, on aurait pu régler ça depuis longtemps, et puis les tueurs c’est eux, les chamarrés, les suceurs de sang, et dire qu’ils ont des jardins de fleurs dans leurs villas. Non ! Ce n’est pas ça dirait Ali, c’est la misère, on n’a pas le droit de naître endetté pour l’argent qu’on n’a pas dépensé, donnez du pain pour tout le monde et tu ne liras plus le chiffre vingt deux ou même un. Mon père, lui dirait, que c’est la rancune de l’histoire, tu trahis l’histoire, elle te truande à son tour, la veuve du martyr pour laquelle on a dérobé la galette ou qu’on a même violée, le pain de l’orphelin subtilisé. C'était cela la cause de la malédiction. Vingt deux morts n’en est que la timide manifestation. La malédiction c’est quand ne chantent plus les champs de blé, n’errent plus les rivières grondantes, ne chuchotent plus les fontaines et que déclinent les vergers les vestes printanières. C’est cela la malédiction pour le cheikh Amalu. Mon collègue Ferhat, lui, quoique professeur de musique, croît que c’est la faute à l’école. Pour lui, l’école algérienne est une caserne érigée pour alimenter d’automates les causes absurdes. Mon ami Samir, lui a une autre explication. C’était la faute aux intellectuels, les rimailleurs, les écrivaillons, les ripailleurs du sérail, les poltrons, les chasseurs de carottes. Pour Samir, le professeur d’histoire, les hommes sont un élément objectif ressasse t-il, ils sont comme les taureaux, ils se déchaînent à l’aiguille, à la moindre douleur ils engagent le galop dans des chemins inexplorés, et quand il n’y a pas de bergers, de bons bergers pour les ramener à la quiétude de l’écurie, le déchaînement suit l’inconnu, là où le galop aura l’écho des apocalypses, n’est ce pas dit-il que la plupart des prophètes étaient bergers ? Où étaient, en octobre, nos bergers. Il manquait l’autre élément. Le peuple est un tas de taureaux, un tas de brebis, les intellectuels un tas de bergers. Mais les bergers siestaient aux sérails pendant que la malédiction parlait déjà la nuit.
La malédiction est la pire des ennemies, elle est présente partout. Dans le jardin pour que ne verdisse pas la flore, dans les collines pour que se taisent les belles senteurs, dans les cœurs pour que se figent les élans. Elle traînasse même dans les dunes pour déranger les quiétudes. Elle assène partout des coups sans le recours au bâton. La malédiction ne fait pas recours aux émissaires, aurait dit mon grand-père.
La malédiction foudroie disait les anciens et n’attend pas l’au-delà pour rendre justice. Elle est l’ubiquité avec son sabre impartial, invisible mais présente. Parfois même c’est nous qui s’y cramponnions quand la justice des hommes est vaine ou que son action est fluette, parce que, elle, elle excelle les châtiments langoureux. On dit aussi que sa colère est souvent atavique. Elle peut se dire jusqu’à des arrières fils avortons, manchots, nabots ou tout bonnement anormaux. Ma grand-mère me racontait souvent l’histoire de maître Mhand le chacal qui supervisa le hérisson réputé pour son intarissable malice. Un jour, dans la forêt, le chacal surprit un agneau, au bêlement geignard, ligoté à un arbre. Ne réalisant pas encore le butin et soupçonnant un quelque piége, il demanda le malicieux hérisson, craignant la déconvenue, en ces mots enjôleurs : « A ton avis, cher hérisson, toi le roi de la malice et le subtil des forêts, qu’est ce qui pourrait m’arriver si je m’approche du tendre agneau ? ». Le hérisson réalisant l’opportunité répondit : « Quoi qu’il advienne, n’advienne qu’à tes arrières enfants », Et là le chacal saliva ensuite monologua : « Bah…Les arrières enfants ! D’ici là, je serais déjà passé de vie à trépas ». Mhand de son air badin osa quelques pas avant de se précipiter dans le gouffre qui l’attendait et du fin fond il jappa son chagrin espérant la rescousse : « Mais cher bon et sensible hérisson, n’advienne qu’aux arrières enfants, tu as dis ! ». Le hérisson déjà bifurquant au lointain de son sourire narquois rétorqua : « Ce ne peut être que ton grand-père qui commit quelque ruse ou dupa quelque candide ».
Thannemirth:http://img174.imageshack.us/img174/9516/pers5826qi0zl3ez8.gif (http://imageshack.us)